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Le blog de jeunes-haitiens.over-blog.com

Haïti, le côté obscure de la coopération internationale...

31 Janvier 2011 , Rédigé par Quayer-Larivière

  

Daniel Martínez Cunill Rebelión.org
Traduction non officielle.

 

Le 20 décembre 2010, Ricardo Seitenfus, représentant spécial en Haïti de l’O.E.A. (organisation des états américains), a donné une entrevue au quotidien suisse Le Temps. Il y exprimait son opinion sur les causes et les erreurs qui ont conduit aux échecs de la communauté internationale dans ce pays des Caraïbes. Le jour de noël, alors qu’une bonne partie de l’humanité se remettait des excès dans la célébration de l’enfant Jésus, l’OEA a destitué le fonctionnaire brésilien.

Entre autres critiques, le diplomate a souligné que l’ONU a imposé la présence de troupes en Haïti bien que ce pays «  ne connaît pas de guerre civile et n’est pas une menace internationale », mais que son plus grand péché c’est d’être un proche voisin des USA. Pour lui, il s’agissait de « geler le pouvoir et de transformer les haïtiens en prisonniers sur leur île ». Une de ses affirmations les plus fortes, il l’appelle oegénisation c’est à dire « une relation perverse entre la fragilité du pouvoir haïtien et la puissance des ONGs dans le pays. Ici, le « bien » est privé grâce aux médecins, hôpitaux, écoles, nourriture qui arrivent du monde entier alors que le « mal » est public puisque l’état haïtien n’est présent que par sa police.

L’ex-fonctionnaire n’a pas tort. Haïti manque de ressources publiques pour pouvoir jeter les bases d’un minimum de système étatique et quand le taux de chomage atteint les 80 %, il devient impossible à l’ONU ou à l’OEA de déployer un mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout est à faire, mais chaque entité coopérante dispose d’une niche des besoins et la développe à sa façon, en prenant garde à ce que les haïtiens n’interviennent en rien dans la gestion et le contrôle. La plupart des fonctionnaires de la coopération ignore ou méprise les ministères locaux, les rendant par là dysfonctionnels.

En Haïti, la coopération internationale a fait place à la charité. Et la charité ne peut être un point de départ pour les relations internationales ni pour l’apport de la communauté mondiale à un pays aux carences extrêmes. Peut-être les choses fonctionneraient-elles mieux si elles étaient basées sur le respect de l’autonomie et la souveraineté du pays. La dictature de la coopération internationale n’a porté comme fruits que la dépendance, elle a empêché l’organisation de la société civile en agissant comme facteur de démobilisation permanent. La solidarité sociale qui résulte généralement d’un traumatisme grave tel qu’un tremblement de terre ou une guerre, a été totalement et consciemment inhibée par la « communauté internationale » emmenée par Bill Clinton et une foule d’ONGs.

Cela ne veut pas dire que les ONGs soient mauvaises en soi. Au contraire, elles neutralisent partiellement la burocratie onusienne et de l’oea qui gaspillent des sommes gigantesques dans leurs salaires et leur logistique mais il est avéré que l’implication excessive des coopérants empêche la consolidation des structures de la société civile. Là est la perversion de cette coopération internationale qui veut imposer la démocratie depuis le sommet mais anéanti toute velléité de participation communautaire dans le diagnostic des priorités, l’élaboration des projets, le contrôle/gestion de ceux-ci. Il existe des exceptions telles l’OXFAM ou MSF entre autres, mais les grands donateurs ont peur de la participation communautaire naisse la rébellion.

Personne, pas même l’exécutif n’a la moindre idée des sommes d’argent qui arrivent en Haiti. Ni de la façon dont sont organisées les dépenses ni de qui décide des priorités. C’est ainsi que les habitants qui sont supposés être les destinataires de cette aide sont infantilisés et finissent par faire la queue entourés de policiers et de militaires, que leur rôle se réduit à recevoir ce que d’autres ont décidé qu’ils ont besoin. En rang pour l’eau, pour la nourriture, pour les vaccins, en rang et votez pour recevoir la démocratie et ainsi de suite... Les haitiens n’existent qu’alignés dans un longue et interminable file d’attente où des agences étrangères leur promettent une vie meilleure mais auxquels personne n’a jamais demandé à quel genre de vie ils aspirent.

D’ailleurs, seuls l’élite du pays et les étrangers ont fêté noël dans l’ile naufragée des caraïbes.

Tremblements de terre : Nicaragua, Mexique, Haïti.

Les tremblements de terre et d’autres catastrophes sont source de solidarité sociale et de participation communautaire.

Cela s’est démontré par exemple au Nicaragua, à Managua, capitale détruite le 23 décembre 1972. Devant l’adversité, les “nicas” se sont mis spontanément à venir en aide aux blessés, à remuer les décombres, enterrer les cadavres, trouver et répartir l’eau et la nourriture. Les actes de pillage quasi inexistants et les actes d’héroïsme innombrables. La population s’est découverte elle-même et dans le même temps, le potentiel immense de l’action collective.

Somoza, le dictateur ne s’y est d’ailleurs pas trompé et s’est rapidement chargé de réprimer, de voler et de revendre l’aide internationale, de déplacer des milliers d’habitants dans des zones non urbanisées. Le tyran savait que la capacité d’organisation du peuple était l’ennemi, il l’a dissuadée ou réprimée selon les cas.

Cependant, les germes étaient semés dans la population et sept ans plus tard, la Révolution sandiniste renversait “Tacho” soutenue par la majorité de ces nicaraguayens qui vécurent le tremblement de terre comme une immense ligne de partage des eaux dans la vie de la nation. Bien d’autres facteurs socio-économiques ont joué, mais tous les analystes nicasraguayens reconnaissent que c’est le tremblement de terre qui agit comme détonateur sur la société civile, qui a pu prendre la mesure de sa force et valoriser ce qu’elle pourrait obtenir par un effort collectif.

Au Mexique, les tremblements de terre des 19 et 20 septembre 1985 ont aussi précédé une moblisation sociale sans précédent dans l’histoire du pays. La population de la capitale sinistrée a developpé sans attendre aucune consigne gouvernementale un torrent de solidarité et d’entraide dans le travail de secours bien supérieur aux actions officielles.

Les habitants de la capitale (Mexico D.F.) et la société civile en général se sont jetés à corps perdu dans la recherche organisée, le travail intense de secours aux prisonniers des décombres. Dans une maternité, des brigades de citoyens ont encore sauvé 16 bébé dont un neuf jours après le séisme.

A la différence de la dictature de Somoza, le PRI au pouvoir eut l’habileté politique d’octroyer une médaille à l’action solidaire de milliers d’individus et des centaines d’organisations sociales, privées, nationales, étrangères. Toutes ces personnes, toutes ces organisations ont reçu la médaille de la “Reconnaissance nationale 19 septembre” attibuée pour comportement héroïque, la solidarité sociale et internationale.

L’habileté du gouvernement mexicain lui permit la récupération de la solidarité sociale, forme initiale de la participation communautaire et la reconvertit dans sa stratégie du Système National de Santé et de Prévention des désastres naturels qui date de ces années_là.. Puis on commémora régulièrement la date du séisme par une mobilisation de masse qui réaffirmait chez les mexicains le sentiment de solidarité et leur capacité de mobilisation.

Malgré cette instrumentalisation politique par le régime la gauche mexicaine reconnait que nombre d’organisations populaires nées dans la capitale et qui culmineraient dans leur opposition au PRI, viennent de la découverte par les mexicains de leur capacité de mobilisation et d’exécution sans intructions étatales. Fronts populaires, groupements urbains ont dévouverts leurs “muscles” et 26 ans après, continuent leur action.

Que s’est-il passé en Haïti ?

Les habitants de Port-au-Prince sont-ils moins solidaires et fraternels que les nicaraguayens ou les mexicains ? On a relevé des actes de solidarité, de secourisme héroïque, nombreux même. Mais il est évident que le tissu social haïtien et tout spécialement dans la capitale est fortement endommagé et que la présence de troupes étrangères sur le territoire national, troupes chargées de tout, a contribué à ce que tout « naturellement » on attende d’elles et qu’elles soient chargées des secours puis de la reconstruction. Sous couvert d’action humanitaire et avec l’argument massue bien qu’usé de « d’état en faillite », la communauté internationale a privé du droit du peuple haïtien à la possibilité d’auto-organisaton et de d’avoir sa propre prise en charge.

Les désastres naturels enseignent aux peuples mais les grands pouvoir politiques et économiques tirent aussi leurs leçons rapidement et sont voraces dans leurs réactions. Les ereurs et les échecs de l’OEA et de l’ONU prennent une autre dimension.

Vaut-il vaut mieux un dictateur connu qu’une démocratie à construire ?

On trouve un bel exemple de double morale de la part de la coopération internationale dans les élections haïtiennes qui devaient voir élu le président pour la période 2011/2016  : le second tour prévu initialement le 16 janvier a été repoussé siné dié du fait de l’incertitude du résultat du premier tour, entachés de fraude. Le Comité Electoral Provisoire (CEP) a annoncé que le second tour n’aurait pas lieu avant février et menace de repousser encore la date. Les réactions des démocrates ont été conformes à leur habitude. O.E.A. ? Très bien, bons baisers de P.A.P. Abandonnés dans la nostalgie, le désespoir et l’oubli, la majorité des haïtiens en âge de voter n’étaient pas nés quand Bébé Doc dû quitter précipitamment le pays. Il est d’une extrême gravité que le fils de Duvalier rentre au pays. Il est clair que le retour de l’ex-dictateur n’est pas improvisé. Bébé Doc est le tonton macoute numéro un et s’il revient 25 ans après d’un exil doré en France, c’est qu’il connaît la précarité du pays et que « l’absence » d’état le laisse envisager un retour au pouvoir.

Plusieurs ONGs et l’opposition ont réclamé la détention de Duvalier pour violations des Droits de l’homme, tortures et assassinats commis durant ses années de règne (1971/1986). Ils ne rencontrèrent que peu d’écho et les tribunaux haïtiens de focaliser sur les délits financiers comme par hasard prescrits après 25 ans. Les poursuites pour violation des Droits de l’homme elles seraient bien possibles mais le gouvernement Préval ne semble pas interessé à demander des comptes sur le chapitre des crimes contre l’humanité à Jean-Claude Duvalier dit Bébé Doc. Le retour du dictateur sent le piège. Une embuscade où le cynisme français rejoint l’opportunisme des Etats-Unis et des organismes internationaux. Duvalier a dit qu’il voulait montrer sa solidarité avec le peuple et qu’il veut prendre sa part au renouveau du pays. Il parie sur l’oubli et la mauvaise mémoire en voulant prendre un bain de pureté démocratique pour se présenter à des élections avec la complicité des élites haitiennes.

Il est cependant difficile aux forces internationales présentes de l’accuser de cacher ses véritables intentions derrière un rideau de fumée, un geste de bonne volonté et ses souhaits d’aider à reconstruire le pays. N’est-ce pas ce même discours que de nombreux gouvernements, y compris celui des USA tiennent ?

Le désespoir est mauvais conseiller  : il existe un espace pour la démagogie de l’ex-tyuran. En fin de compte, son raisonnement c’est qu’il vaut mieux un ex-dictateur reconverti à la démocratie que le désastre actuel qui règne au pays. Et si la France pariait sur l’oubli et soutenait cette option avec l’indifférence voire la complicité de ses partenaires ? Le gouvernement français jouit d’une vieille expérience dans la reconversion de dictateurs africains en démocrates pro-occidentaux, le cas d’Haïti ne semble pas si différend pour des yeux néo-coloniaux.

Le précédent créé serait fort néfaste et il est urgent de sonner l’alarme.

     

 

Retrouver cet  excellent article dans sa version originale ici:link

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